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Procureur syndic du district de Quimper, François ABGRALL est un des deux commissaires civils sous la responsabilité desquels est menée, le 10 juillet 1792, une expédition militaire contre les rebelles de Fouesnant. Les gardes nationaux déplorent un tué et quatre blessés, mais reviennent le lendemain à Quimper avec quatre paysans tués et 43 prisonniers. Alain Nédélec, l’âme de la révolte, est arrêté cinq mois plus tard et guillotiné en mars 1793. Au mois d’octobre, menacé lui-même d’arrestation, François ABGRALL prend la fuite pour échapper à la «hache de la justice». Le 31 mai 1793, les MONTAGNARDS ont déclaré les députés hostiles à leur politique centralisatrice «îtres à la patrie». Les GIRONDINS sont mis en état d’arrestation. Douze d’entre eux viennent se réfugier à Quimper ; François ABGRALL les a aidés en attendant qu’ils s’embarquent clandestinement pour Bordeaux : voilà son récit.
La fin de 1792, les députés du Finistère écrivent qu’ils sont sous le poignard des assassins : ils demandent que leur commettans envoyent une force armée pour concourir avec celle des autres départements à assurer la liberté de leurs délibérations. Ne voyant que les dangers auxquels on disait la convention en danger, je m’enrôlai le premier (fait consigné sur les registres de l’administration centrale) dans ce bataillon de volontaires qui eut la gloire d’arrêter, le 28 février, le pillage des magasins des négocians de Paris, de sauver dans la nuit du 10 au 11 mars la Représentation nationale, de déplaire assez aux Directeurs du plan de désorganisation pour en recevoir l’ordre de quitter Paris dans les 24 heures, d’arriver à Orléans deux jours après, pour apaiser un soulèvement qu’y avait occasionné la présence de Léonard Bourdon, d’accourir, de son plein mouvement, attaquer les rebelles qui s’armaient dans la Vendée. Ma bonne volonté me valut du général LEIGONNIER assez de confiance pour qu’il me chargeât d’aller rendre compte au ministre de la guerre des caractères alarmans que prenait la rébellion et de l’urgence d’en arrêter le progrès… A mon retour je fus adjudant général François ABGRALL est à Quimper quand y parvient le 7 juin à sept heures du matin la nouvelle de l’arrestation à Paris du député LE GOAZRE DE KERVELEGAN qui avait rallié le groupe des GIRONDINS. Il se met en route à neuf heures avec l’intention de l’aider à fuir ; KERVELEGAN n’est pas incarcéré, mais gardé à vue par deux gendarmes dans son appartement, rue des Saints-Pères, ce qui facilite le projet d’évasion. Tous deux rejoignirent à Caen la GIRONDE fugitive, bientôt sommée de quitter la ville, tout comme les bataillons de Fédérés. KERLEVEGAN offre à dix-neuf proscrits de les accueillir à Quimper où il compte de très nombreux amis et les y devance, accompagné d’ABGRALL.
Les fugitifs sont répartis entre les trois compagnies du Finistère. Mais la présence des GIRONDINS dans les rangs des Fédérés ne tarde pas à être signalée, et les municipalités jacobines guettent leur passage pour les capturer. Ils jugent plus prudent de poursuivre leur route seuls. Le commandant du bataillon finistérien leur délivre des congés en règle. A PLOUGUERNEVEL, l’aubergiste Charles CHAUMONT les hébergent. Vers minuit, ils sont réveillés par un «nom de la loi, ouvrez !» . Le commissaire est escorté d’une brigade de gendarmerie et de 45 gardes nationaux. Le gros petit homme décoré d’un ruban tricolore examine les congés et constate qu’ils sont en règle. Quelle ne fut pas la fureur de François-Marie ALLAIN-LAUNAY président du Comité de surveillance de CARHAIX apprenant que son frère Jean-Marie, le commissaire accommodant de Rostrenen, avait laissé fuir les proscrits ! A la sortie de GLOMEL, les fugitifs s’égarèrent ; au lieu de rejoindre TREOGAN par la traverse de PAULE, ils arrivèrent à CARHAIX qu’ils voulaient éviter. Après 32 heures de marche quasiment ininterrompue depuis ROSTRENEN, traversant la même nuit les landes de ROUDOUALLEC, les douze rescapés (onze des députés et leur dernier guide) exténués par la fatigue et la faim, épuisés par la fièvre et une pluie torrentielle qui durait depuis une semaine, arrivent à ERGUE-GABERIC. |